Oko : L'assurance agricole en Afrique

Coover donne la parole à des entreprises et startups aux projets innovants et audacieux. Aujourd’hui, nous vous présentons Oko, une startup qui distribue des assurances aux agriculteurs dans des zones isolées.

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Pouvez-vous nous parler de la création de Oko ? De quel constat êtes-vous parti ?

Depuis une dizaine d'années, le développement du paiement mobile dans les pays émergents a explosé, si bien qu’aujourd’hui il y a 300 millions de comptes “Mobile Money” actifs dans le monde. Cela a donné naissance à de nombreux nouveaux services: transfert d’argent, micro-crédit, paiement journalier d’énergie solaire, mais aussi micro-assurance. La micro-assurance permet à des populations vulnérables (pas d’emploi formel, forte expositions aux risques) d’obtenir une couverture vie et santé basique pour un prix abordable. J’en ai été un acteur, ayant lancé pour le compte de BIMA l’assurance vie et santé la plus populaire de Papouasie Nouvelle Guinée entre 2014 et 2016.

Mais vivant proche de nos clients, j’ai observé qu’un service essentiel manquait toujours: l’assurance agricole. En effet la majorité de la population dans les pays en voie de développement travaille dans le secteur agricole, et leurs revenus dépendent entièrement de la météo. J’en ai fait l’experience en 2015 en Papouasie-Nouvelle Guinée lors d’une grande sécheresse sur les hauts plateaux.

J’ai donc décidé de quitter BIMA pour lancer un modèle similaire de micro-assurance, mais centré cette fois sur l’agriculture.

Quels risques couvrent votre assurance ?

Nous pouvons couvrir tous les risques climatiques : sécheresse, inondations, vents violents, gel, humidité excessive etc.

À l’heure actuelle nous couvrons au Mali les risques de sécheresse et d’inondations, qui sont les phénomènes les plus courants.

Comment distribuez-vous vos contrats ? En direct ou via des partenaires ?

Nous distribuons notre assurance directement aux agriculteurs, et c’est là une grande nouveauté dans ce secteur, et le moteur de notre succès. Nous obtenons des licences d’agent d’assurance ou de courtier en assurance dans les pays où nous opérons, et nous mettons en place une équipe de vente (terrain et centre d’appel). Enfin nous déployons notre technologie mobile, permettant aux agriculteurs d’obtenir un devis par téléphone, et de payer leur prime via leur compte Mobile Money. Cette solution ne requiert pas de connexion internet ni de compte en banque.

Qui sont vos associés ? Comment prennent-ils part au projet ?

Nous sommes 3 co-fondateurs:

  • Shehzad Lokhandwalla est notre directeur technique (CTO). Il a travaillé plusieurs années en Ouganda dans un service innovant de micro-finance et connait donc bien les contraintes techniques mais aussi les solutions à mettre en place.
  • Raphael Haziza est notre actuaire en chef. C’est lui qui conçoit les produits d’assurance que nous distribuons dans les marchés ciblés. Il a 5 ans d’expérience en actuariat chez SCOR.

Quelles technologies utilisez-vous pour évaluer les risques climatiques ?

Nous utilisons d’abord des technologies de reconnaissance d’image pour établir des cartes de cultures, pour comprendre ce qui est cultivé et où. Ensuite nous utilisons des données météorologiques satellites historiques pour comprendre les risques qu’une sécheresse ou qu’une inondation affecte la localité concernée. Enfin on utilise ces mêmes données météorologiques en temps réel pour identifier les sinistres à payer.

Qui porte le risque de vos contrats ? 

Bien que nous concevions les produits d’assurance, nous ne sommes pour l’instant que distributeurs. Le risque est porté majoritairement par notre partenaire de réassurance (Allianz) qui analyse et approuve nos calculs de risque. Une partie minoritaire du risque est porté par l’assureur local.

Vous êtes aujourd’hui présent au Mali et en Ouganda, allez-vous proposer l’assurance Oko dans d’autres pays ?

Nous avons l’ambition d’etre un acteur pan-Africain de l’assurance. 

Nous voulons donc effectivement nous lancer dans de nouvelles géographies dans les mois à venir, notamment la Cote d’Ivoire, mais aussi potentiellement le Ghana, la RDC, l’Ethiopie etc.

Vous venez de réaliser une levée de fonds de 1,2 millions d’euros, à quoi vont servir ces fonds ? 

Ces fonds vont nous permettre de faire croître notre présence au Mali et en Ouganda où nous voulons vraiment démontrer le potentiel de ces produits. Nous devons dans un premier temps démontrer la capacité de l’assurance à se généraliser rapidement dans ces pays avant de pouvoir nous lancer dans notre expansion internationale.

Merci pour cet échange de qualité. Nous souhaitons une excellente continuation à Oko !

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