Le produit structuré est-il un bon placement pour sa trésorerie ?

Hormis ceux ayant des connaissances solides en matière de produits financiers, rares sont les chefs d’entreprise à savoir ce qu’est un « produit structuré ». Il s’agit pourtant d’une solution intéressante pour placer d’éventuels excédants de trésorerie, même s’il est vrai que cet instrument financier reste assez complexe. Voyons ensemble en quoi consistent les produits structurés, et s’il est opportun d’y songer pour optimiser sa trésorerie.  

Produit structuré : la définition 

Il n’est pas simple de donner une définition de ce qu’est un produit structuré, tant la matière est technique. Le sujet est assez complexe, notamment pour les chefs d'entreprise néophytes en matière de marchés financiers.

En deux mots, il s’agit d’un produit financier, lui-même composé de plusieurs produits financiers « sous-jacents ». En d’autres termes, on parle d’une combinaison de plusieurs instruments / produits. Sur le plan réglementaire, les produits structurés sont souvent des FCP (fonds communs de placement). Il ne s’agit pas de produits cotés. 

Le produit sous-jacent peut être, par exemple, un indice boursier, comme le CAC 40 ou l’Euro Stoxx 50. Schématiquement, un produit structuré a donc un lien direct avec l’évolution de « la Bourse ». Le sous-jacent peut aussi être un panier d'actions.

Si vous faites l’acquisition de produits structurés, vous vous engagez sur une durée. Ce placement a en effet une durée de vie fixée, et donc une date d’échéance. Le capital placé (constitué d’excédants de trésorerie lorsque l’investisseur est une entreprise) est, dans une certaine mesure, garanti

Les produits structurés sont des instruments financiers proposés par certaines banques et compagnies d’assurance : HSBC, BNP Paribas… Ils peuvent être logés au sein d’un compte-titres d’entreprise

Consciente de la complexité de ce type de produit, l’AMF (l’Autorité des Marchés financiers) a posé un cadre strict quant aux informations que se doivent de communiquer les banques qui commercialisent des produits structurés. Doivent clairement apparaître dans le DICI (Document d’informations clé pour les investisseurs) les avantages, inconvénients ou encore les différents scenarii de performance des produits. 

Quelle est la composition d’un produit structuré ?

Un produit structuré est, en général, une combinaison-type ayant au moins deux parties :

  • Une partie « sécurisée », composée d’obligations, de placements à terme fixe… 
  • Une autre avec des produits plus complexes comme des produits dérivés (des options par exemple), afin de booster le potentiel de rendement. 

Il est déconseillé de vous positionner sur des produits structurés si vous n’êtes pas à l’aise avec la mécanique et le fonctionnement de ces derniers.

Le tableau ci-dessous présente une combinaison « classique » :  

Type de produitObjectif
ObligationsFournir la garantie partielle ou totale
en capital
Actif(s) sous-jacent(s)Référence dont la performance détermine
le rendement final pour l'épargnant
Produits dérivés (options...)Détermine le rendement lui-même

L’objectif du produit structuré est de limiter les risques au maximum tout en cherchant une bonne rentabilité, afin de valoriser la trésorerie d'entreprise. Le fait que plusieurs produits financiers soient combinés permet au final de « fabriquer » des produits structurés adaptés à divers profils et horizons de placement. 

Précisons enfin qu’il existe certains produits structurés spécifiques, comme Phoenix ou Autocall. Pour ces derniers par exemple, un remboursement anticipé est prévu si la performance du produit sous-jacent est positive ou nulle à une « date de constatation » prévue dans les conditions du produit structuré (à chaque trimestre par exemple). 

Quels sont les avantages des produits structurés pour les entreprises ?

Les produits structurés ne manquent pas d’atouts pour les entreprises qui ont des excédants de trésorerie à placer, surtout à moyen ou long terme

Le premier est celui du rendement potentiel. Les produits structurés peuvent rapporter plus que les comptes à terme, solution souvent plébiscitée par les entreprises lorsqu’elles ont une visibilité sur leur horizon de placement. Corrigée de l’inflation, la rémunération des CAT, surtout à court terme, est souvent nulle voire négative. Les produits structurés offrent de meilleurs perspectives

Placer une fraction de sa trésorerie sur des produits structurés à horizon 2 ou 3 ans (a minima) laisse espérer un rendement réel positif. Cela n’est pas toujours le cas pour les CAT.

Autre avantage : les produits structurés présentent un risque limité, du fait de la garantie partielle (ou plus rarement, totale) du capital à l’échéance. Hormis en cas de baisse très importante du sous-jacent, les risques de pertes en capital sont maintenus dans une limite acceptable. 

Au delà de cela, voici quelques-uns des autres avantages de ces produits complexes :

  • Les fonds sont disponibles, ce qui est essentiel lorsque l’on cherche à placer sa trésorerie, 
  • Ils peuvent correspondre à tout type d’horizon de placement, allant de 2 à 9 ou 10 ans, 
  • Il s’agit d’un bon outil de diversification (là encore, chose importante en matière de gestion de trésorerie). Les produits structurés peuvent en effet donner accès à de nombreux marchés : géographiques, sectoriels, classes d’actifs…  

Produit structuré : le capital est-il garanti ?

Un produit structuré est construit de manière à assurer un maximum de sécurité du capital investi, mais il reste soumis à des risques : ceux inhérents aux marchés financiers. Le plus souvent, il n’y a pas d’annulation des risques, mais plutôt une « diminution ». 

En fait, l’on distingue plusieurs types de produits structurés pour les entreprises / particuliers : 

  • Ceux qui garantissent intégralement le capital à l’échéance, 
  • Ceux qui prévoient une garantie partielle du capital (les plus fréquents), 
  • Les « produits de rendement », corrélés à l’évolution du sous-jacent, et qui fonctionnent sur un système de rendement garanti ou conditionnel. Ceux-ci sont les plus risqués mais aussi, potentiellement, les plus rémunérateurs.

Il est toutefois possible que la garantie ne joue plus : si la baisse des produits sous-jacents dépasse une certaine limite. Concrètement, le capital est en général garanti jusqu’à une baisse de 40 % du sous-jacent (indice, actions…). Si une baisse est constatée et qu’elle est supérieure à ce taux, la garantie tombe. Nul ne peut prévoir une hausse ou une baisse, car il est impossible d’anticiper avec certitude les fluctuations des marchés financiers. 

Globalement, trois scenarii peuvent donc se produire :    

Situation à l'échéanceRésultat pour l'épargnant
Évolution favorable du sous-jacentRemboursement du capital
et versement des gains
Évolution défavorable mais dans la "limite"Remboursement du capital
Évolution défavorable au delà de la "limite"Pertes en capital

Malgré la garantie, des risques de pertes en capital existent bel et bien. En outre, la garantie ne s’applique en général plus en cas de sortie anticipée (si l'entreprise souhaite revendre les produits structurés avant l’échéance). 

Les produits structurés ont en général une « barrière de protection », laquelle limite les risques de pertes mais aussi les gains potentiels. 

Quel rendement attendre des produits structurés ?

Les produits structurés ont pour objectif d’allier une certaine sécurité à un potentiel de rendement intéressant, au moins supérieur au fonds euro de l’assurance-vie. Tout cela est alléchant, mais la réalité est parfois moins reluisante. 

Tout d’abord, la performance est « capée » (plafonnée) : il s’agit là de la contrepartie à la garantie partielle ou totale du capital investi. Bon nombre d’experts s’accordent à dire que le produit est, à ce niveau, peu intéressant : la garantie en capital à l’échéance a un coût trop important, qui minore la rentabilité du produit. Or, les produits les plus dynamiques (les actions par exemple) ont de toute façon une tendance haussière avec le temps (les risques sont en outre lissés dans le temps). Si l’horizon de placement de l'entreprise est à long terme, il est, selon certains professionnels, préférable d’acquérir des actions directement plutôt que des produits structurés. 

Il est vrai que les établissements qui commercialisent ces produits structurés se rémunèrent largement « avant » les clients : les dividendes des produits sous-jacents (qui composent le fonds) ne sont par exemple pas distribués à ces derniers. 

Concrètement, la rémunération de ces produits structurés dépend d’une formule mathématique (connue dès le départ), appliquée à l’évolution du sous-jacent (un indice boursier par exemple).

La performance peut être versée sous deux formes : des coupons périodiques (distribution annuelle, trimestrielle…) ou une prime de remboursement à l’échéance. 

N’oubliez pas : le produit structuré peut aussi faire l’objet d’un remboursement anticipé, si ses conditions le prévoient, au cas où le sous-jacent réaliserait une performance positive ou nulle depuis l’origine, à une date de constatation définie (autocall). 

Les gains dégagés par les produits structurés sont principalement des dividendes (actions) et intérêts (obligations…). Ils sont soumis à l’impôt sur les sociétés. 

Précisons enfin que les produits structurés ne sont pas vierges de frais, lesquels minorent la rémunération globale. Voici les principaux

  • Frais d’entrée : 1 à 3 % en moyenne, 
  • Frais de cession / frais ou pénalités de sortie anticipée (très variable d’une offre à l’autre),  
  • Frais de gestion annuels : 2 % en moyenne. 

Petit exemple du fonctionnement d’un produit structuré

Prenons comme exemple un produit structuré ayant comme sous-jacent l’indice Euro Stoxx 50 (qui est un indice boursier parmi d’autres). Celui-ci prévoit le remboursement du capital (de l’investissement initial) à l’échéance, fixée à 5 ans. Des « coupons » (gains) seront versés à l'entreprise en fonction de la performance de l’actif sous-jacent. 

Si un dirigeant demande à sa banque de placer sa trésorerie d'entreprise sur ce produit financier

  • La banque place par exemple 90 % de cette somme sur des obligations ayant un rendement connu, afin de reconstituer 100 % du capital à l’échéance, 
  • Les 10 % restants sont placés sur des produits plus dynamiques (des actions ou des produits dérivés notamment) afin de booster la rentabilité globale du placement. 

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